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                                                   ÉPIDÉMIOLOGIE     |     ​FACTEURS DE RISQUE ET DE PROTECTION     |     DISTRIBUTION ET FRÉQUENCE (STATISTIQUES)  

Épidémiologie de la maltraitance

L'épidémiologie de la maltraitance est l'étude de la distribution de la maltraitance, de ses facteurs de risque et de protection et de sa fréquence1. Certains profils peuvent caractériser diverses familles maltraitantes. La maltraitance est le produit de multiples facteurs, qui se combinent dans une infinité d’interactions complexes, liées les unes aux autres (polyvictimisation).  Ce phénomène socio-psychologique doit être considéré dans le contexte communautaire culturel dans lesquels la famille et les individus évoluent2

Facteurs généraux associés à la maltraitance envers les enfants

Le texte qui suit est reproduit avec l’autorisation de l’Organisation mondiale de la Santé

Selon l’Organisation mondiale de la Santé,4 aucun facteur pris séparément n’explique à lui seul pourquoi certaines personnes ont un comportement violent envers les enfants ou pourquoi la maltraitance d’enfants est plus courante dans certaines communautés que dans d’autres. Comme pour les autres formes de violence, on comprend mieux la maltraitance des enfants si l’on analyse l’interaction complexe de plusieurs facteurs à différents Modèle écologique.png
niveaux — ce qui est capital si l’on veut vraiment traiter le problème.

Niveau individuel

Le premier niveau du modèle — le niveau individuel — concerne les variables biologiques, comme l’âge et le sexe, ainsi que les facteurs liés aux antécédents personnels qui peuvent prédisposer un individu à infliger de mauvais traitements à un enfant.

Niveau relationnel

Le niveau relationnel examine les liens sociaux étroits — par exemple avec les membres ou amis de la famille — qui ont une incidence sur le risque d’exercer et de subir des mauvais traitements.

Niveau communautaire

Les facteurs du niveau communautaire concernent les contextes dans lesquels ont lieu les relations sociales — de voisinage, en milieu de travail et à l’école, par exemple — et en quoi leurs caractéristiques particulières peuvent jouer un rôle dans la maltraitance des enfants.

Niveau sociétal

Les facteurs du niveau sociétal renvoient aux conditions sous-jacentes de la société qui entraînent la maltraitance — comme les normes sociales encourageant les châtiments physiques sévères envers les enfants, les inégalités économiques et l’absence du filet de sécurité qu’est le bien-être social.
 
D’autres recherches doivent être menées pour comprendre pleinement la dynamique des facteurs à tous les niveaux du modèle écologique et dans les différentes cultures, mais il existe déjà un corpus substantiel de connaissances sur ce qui est susceptible d’augmenter la maltraitance des enfants.
 
On appelle facteurs de risque les facteurs susceptibles d’augmenter la maltraitance des enfants et facteurs de protection ceux qui sont susceptibles de la diminuer. Les facteurs de risque énumérés ci-dessous ne sont pas nécessairement en soi des diagnostics de maltraitance des enfants chaque fois qu’on les détecte. Cependant, dans des milieux à revenus limités, les enfants et les familles identifiées comme présentant plusieurs de ces facteurs devraient bénéficier en priorité de services.

Facteurs individuels

Facteurs de risque chez les parents et les personnes s’occupant des enfants

Certains facteurs chez les parents et d’autres membres de la famille augmentent les risques de maltraitance. L’un ou l’autre des parents ou personnes s’occupant des enfants :
  • a de la difficulté à établir un lien affectif avec un enfant nouveau-né — par exemple, suite à un accouchement difficile, des complications lors de l’accouchement ou parce que le bébé déçoit
  • ne manifeste pas d’intérêt envers l’enfant
  • a été maltraité étant enfant
  • manque de connaissances sur le développement des enfants ou a des attentes irréalisables qui l’empêchent de comprendre les besoins et les comportements des enfants — par exemple, il interprète le mauvais comportement d’un enfant comme étant intentionnel, plutôt qu’un stade de son développement
  • réagit par des punitions ou des actes excessifs ou violents face à des comportements perçus comme étant inappropriés
  • approuve le châtiment corporel pour discipliner l’enfant
  • souffre de problèmes physiques ou mentaux ou de déficience intellectuelle interférant avec sa capacité de parent
  • ne sait pas se maîtriser lorsqu’il est en colère
  • abuse d’alcool ou de drogues, même durant la grossesse, si bien que ses aptitudes à prendre soin des enfants s’en ressentent
  • est impliqué dans des activités criminelles qui compromettent ses rapports avec l’enfant
  • est socialement isolé
  • est déprimé, se dévalorise ou se sent inapte — ce qui renforce son incapacité à satisfaire les besoins des enfants ou de la famille
  • n’a guère d’aptitudes en matière d’éducation en raison de son jeune âge ou par manque d’instruction
  • éprouve des difficultés financières

Facteurs de risque chez l’enfant

Dire que certains facteurs de risque se rapportent à l’enfant ne signifie pas que cet enfant soit responsable des mauvais traitements dont il souffre, mais plutôt que la situation est plus difficile pour les parents parce que :
  • l’enfant n’était pas désiré, ne répond pas aux attentes ou aux souhaits du parent — par exemple, en raison de son sexe, de son apparence, de son tempérament ou d’anomalies congénitales
  • c’est un nourrisson qui a de grands besoins — par exemple, il est né prématurément, il pleure constamment, il est mentalement ou physiquement handicapé ou il souffre d’une maladie chronique
  • il pleure de façon persistante et n’est pas facile à calmer ou consoler
  • il présente des caractéristiques physiques, telles des anomalies faciales, faisant horreur au parent qui réagit en s’éloignant de lui
  • il présente des symptômes de maladie mentale
  • il a des traits de personnalité ou de caractère perçus par le parent comme étant problématiques — comme l’hyperactivité ou l’impulsivité
  • il est issu d’un accouchement multiple qui dépasse les capacités du parent en ce qui concerne cet enfant
  • il a un ou plusieurs frères et sœurs — peut-être proches en âge — qui requièrent beaucoup d’attention de la part du parent
  • c’est un enfant qui extériorise des traits de comportements dangereux ou est exposé à des comportements dangereux  — comme la violence, le comportement criminel du partenaire intime, les sévices auto-infligés, la violence envers les animaux ou l’agression continuelle de pairs

Facteurs relationnels

La composition des familles peut varier grandement en fonction de leurs circonstances propres et des normes de la société locale. Dans de nombreuses communautés, la famille nucléaire « traditionnelle » consistant en une mère et un père mariés et des enfants peut ne pas être la norme. Il peut y avoir à la tête de la famille des mères célibataires, des pères célibataires, des couples de sexe identique, des frères ou des sœurs ou des personnes âgées. Les facteurs de risque de maltraitance d’enfant relevant de relations dans la famille, avec des amis, des partenaires intimes et des pairs sont, entre autres, les suivants :
  • le manque d’attachement entre le parent et l’enfant et l’absence de liens affectifs
  • les problèmes de santé physique, mentale ou liées au développement d’un membre de la famille
  • l’éclatement de la famille — problème de mariage ou de relation intime — provoquant chez l’enfant ou l’adulte une maladie mentale, de la tristesse, un sentiment de solitude, des tensions ou des disputes à propos de la garde des enfants
  • la violence dans la famille entre les partenaires se partageant l’éducation des enfants, entre les enfants ou entre les partenaires en éducation et les enfants
  • les rôles en fonction du sexe et les rôles dans les rapports intimes, y compris le mariage, qui sont irrespectueux envers une ou plusieurs personnes dans la maison
  • le fait d’être isolé de la communauté
  • le manque d’un réseau de soutien en cas de rapports tendus ou difficiles
  • un soutien moindre à l’enfant du fait de l’augmentation de la famille
  • la discrimination envers la famille pour des raisons d’ethnicité, de nationalité, de religion, de sexe, d’âge, d’orientation sexuelle, d’infirmité ou de style de vie
  • l’implication dans des activités criminelles ou violentes dans la communauté

Facteurs communautaires

Les caractéristiques de l’environnement communautaire associées à l’augmentation de risques de maltraitance des enfants sont, entre autres :
  • la tolérance de la violence
  • les inégalités sexuelles et sociales dans la communauté
  • le manque de logements adéquats
  • le manque de services de soutien aux familles et aux institutions pour répondre aux besoins spécifiques
  • le chômage élevé
  • la pauvreté
  • le taux élevé de plomb ou d’autres toxiques dans l’environnement
  • les voisinages transitoires
  • l’accès facile à l’alcool
  • un trafic local de drogues
  • des politiques et programmes inadéquats dans les institutions, ce qui favorise la maltraitance des enfants

Facteurs sociétaux

Les facteurs qui, dans une société, peuvent favoriser la maltraitance des enfants sont, entre autres, les suivants :
  • des politiques économiques, de santé et d’éducation menant à des niveaux de vies peu élevés ou à des inégalités et une précarité socio-économique
  • des normes sociales et culturelles promouvant ou glorifiant la violence envers autrui, y compris le châtiment corporel tel que dépeint dans les médias, la musique populaire et les jeux vidéo
  • des normes sociales et culturelles amoindrissant le statut des enfants dans les relations entre parent et enfant
  • l’existence de la pornographie infantile, de la prostitution infantile et du travail des enfants

Facteurs de protection

De la même manière qu’il y a des facteurs qui augmentent la prédisposition des enfants et des familles à la maltraitance, il en existe aussi qui peuvent avoir un effet  protecteur. Malheureusement, ces facteurs de protection ont fait l’objet de peu de recherches systématiques et ils ne sont pas encore bien compris. Les recherches effectuées jusqu’à présent portent essentiellement sur les facteurs de résistance, c’est-à-dire les facteurs qui diminuent l’impact de la maltraitance sur l’enfant victime. Les facteurs qui semblent favoriser la résistance sont, entre autres, les suivants :
  • le solide attachement du jeune enfant envers l’adulte membre de la famille
  • des soins parentaux attentifs durant l’enfance
  • l’absence de relations avec des pairs délinquants, alcooliques ou toxicomanes
  • des rapports chaleureux et d’un grand secours avec un parent non délinquant
  • l’absence du stress créé par les rapports de violence
On ignore largement quels facteurs protègent les familles et les enfants contre de nouvelles formes de maltraitance. Peu d’études indiquent que le fait de vivre au sein de communautés où il existe une solide cohésion sociale ait un effet protecteur et réduise le risque de violence, même lorsque d’autres facteurs de risque sont présents dans les familles.
 
Il ressort des connaissances présentes sur le développement précoce des enfants, les facteurs de risque de maltraitance des enfants et les données sur l’efficacité de certaines stratégies de prévention que les cellules familiales stables peuvent être une source certaine de protection pour les enfants. Une bonne éducation, des liens affectifs solides entre parents et enfant et une discipline positive ne reposant pas sur la violence physique sont vraisemblablement des facteurs de protection. Ces éléments apparemment protecteurs devraient être favorisés en particulier dans les communautés dont la cohésion sociale est peu élevée.

 
  1. Adapté de Hennekens , Buring, & Mayrent, 1998.
  2. Belsky, J. (1980). Child maltreatment : An ecological intégration. . Belsky, J. (1980). Child maltreatment : An ecological intégration. American psychologist, 35, 320-335.  
  3. Butchart, A., Harvey, P.-H., Mian, M. & Fürniss, T. (2006). Guide sur la prévention de la maltraitance des enfants : Intervenir et produire des données. Genève, Suisse : Organisation mondiale de la Santé et Internationale Society for Prevention of Child Abuse and Neglect
Mise à jour le 14 juin 2016