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Coup d'oeil sur l'attachement et l'intervention : Annexe 1

Capsules de discussion

Ces capsules, qui entrent en jeu dans le 2e segment des rencontres, portent sur des éléments importants du développement de l’enfant. Ils nécessitent que l’intervenant soit à l’aise avec le matériel car dans ce rôle, l’intervenant se présente davantage comme un mentor envers le parent, plutôt qu’un intervenant clinique classique.

Il est important de reconnaître que le but de cette stratégie d’intervention est d’équiper le parent pour que les interactions parent-enfant et la relation d’attachement puissent s’améliorer. Dans cette perspective, il est important pour l’intervenant d’être sensible aux connaissances du parent, de respecter ses points de vu et de ne pas prendre le rôle « d’expert » en communiquant avec le parent autour des informations concernant le développement de l’enfant.

En même temps, il est important pour l’intervenant d’avoir confiance en ses connaissances et en l’information qu’il veut véhiculer auprès du parent – d’assumer, en quelque sorte, le rôle de mentor qu’il a auprès du parent.

Il s’agit d’une démarche délicate et il est important de ne rien forcer. Chaque intervenant aura à établir cette collaboration avec le parent. Le point à souligner ici est l’aspect difficile d’établir cette relation de travail dans laquelle le parent n’est pas bousculé et ses domaines de connaissances sont respectés, mais en même temps, on souhaite qu’il donne une crédibilité à ce que l’intervenant peut apporter. Voici un exemple d’une capsule de discussion.

Les pleurs et les émotions de l’enfant

La notion de « besoin de sécurité »

Une des idées qui est au cœur des rencontres concerne le sens des émotions et des comportements des enfants, surtout entre l’âge de 0 et 8 mois. Comme il a été mentionné précédemment, on souhaite que durant la période du nourrisson, le parent puisse s’approprier trois notions de bases :

  1. Les émotions et les comportements de mon enfant sont des tentatives de communiquer un besoin de sécurité, de réconfort ou un besoin de soutien et d’encadrement à son exploration et son jeu. Évidemment, ces émotions et comportements prennent différentes allures selon l’âge de l’enfant. La vaste majorité des comportements et des émotions des enfants peuvent être interprétés comme étant des besoins de réconfort ou de soutien pour le jeu et l’exploration.

  2. Le parent peut avoir un impact sur l’expression émotionnelle de son enfant et sur le développement émotionnel – l’enfant n’est pas indépendant de son parent.

  3. En début de vie, l’enfant est incapable de manipuler le parent, d’être gâté par les soins du parent ou « d’en vouloir » au parent.

On ne veut pas déborder le parent avec trop d’information en début de parcours. Cette discussion servira à parler de la question des pleurs de l’enfant dans le contexte de ce besoin de sécurité, comme manifestation de la part de l’enfant qui a besoin d’être réconforté par son parent.

En plus du matériel de la rencontre et de la tâche d’interaction, on utilise aussi une bande vidéo de l’Université de Toronto. Dans cette bande vidéo, on souligne :

  • Les manifestations de détresse de l’enfant.

  • La réaction cohérente, prévisible et chaleureuse de la mère.

  • La consolation de l’enfant et le retour au jeu de ce dernier.

Coup d'oeil sur l'intervention et l'attachement 40.pngAprès le visionnement de cette bande vidéo, dans laquelle on identifie clairement et de manière visuelle le pleur comme étant un signal de détresse de l’enfant, on passe au contenu de la rencontre plus proprement dite.

Durant l’ensemble des rencontres, selon les thématiques qui seront abordées, on retourne sur la thématique de « réconfort de l’enfant » et « soutien au jeu et à l’exploration ».

Comment calmer un nouveau-né

Dans cette rencontre un accent précis est porté sur la question des pleurs. Il s’agit de la manière par excellence pour le nourrisson de manifester son malaise, son inconfort, sa douleur, sa faim, etc. C’est un signal pour que le parent s’occupe de manière prioritaire de son enfant.

Les pleurs sont une émotion qui organise beaucoup les comportements du parent. En abordant les pleurs, on veut, évidemment, aborder l’ensemble des émotions chez l’enfant et souligner au parent que la manifestation d’émotions chez un enfant constitue une forme de communication ainsi qu’une expression, positive ou négative. L’enfant âgé de 6 mois ne peut être perçu comme ayant des intentions comme celles d’un adulte et, par conséquent, il ne manifeste pas d’émotions afin de faire autre chose que de communiquer et d’exprimer. Il ne peut pas être gâté, il ne peut pas manipuler son parent.

Les pleurs sont importants non seulement pour le parent, mais aussi pour l’enfant. Les interactions ayant lieu dans le contexte de pleurs ou de détresse sont importantes pour établir un sentiment de sécurité chez l’enfant. En répondant de manière prévisible, cohérente et chaleureuse à l’enfant qui pleure, son parent lui apprend que lorsque l’enfant se sent mal, lorsqu’il se fait mal, lorsqu’il y a un inconfort, son parent peut lui venir en aide de manière efficace. Dans ce contexte, il développe un attachement sécurisant et l’enfant apprend à avoir confiance en son parent.

Objectifs de la rencontre :

  • Lors du visionnement de la bande vidéo et pendant le reste de la rencontre, aider le parent à comprendre l’origine des pleurs de son bébé et à utiliser les moyens pour calmer un nouveau-né.

  • Aborder la question des pleurs nocturnes.

  • Aborder la compréhension des parents face aux émotions de bébé.

  
 
 

Les causes des pleurs

  • La faim

  • La maladie

  • L’érythème fessier

  • Les coliques

  • Les activités qu’il n’aime pas (l’habillage, le bain, les gouttes)

  • Il a trop froid ou trop chaud

  • Votre humeur (si vous êtes maussade, anxieuse, bébé va réagir à votre humeur)

  • Trop de sollicitations (le passer de bras en bras, lui proposer sans arrêt des tétées)

  • Changements d’horaire fréquents, imprévisibilité de routine

  • Interactions trop stimulantes

Moyens pour apaiser un bébé qui pleure

Quand on veut apaiser un enfant qui pleure, il y a quelques principes généraux à suivre :

  1. Être prévisible. Lorsque l’enfant pleure, répondre de manière chaleureuse, sans attendre trop longtemps (surtout s’il s’est fait mal ou si la cause de son malaise est claire).

  2. Être stable. Ne pas changer de moyens pour consoler l’enfant à chaque minute. Il peut s’écouler plusieurs minutes, parfois mêmes de longues minutes avant qu’un enfant ne soit réconforté. Il faut être rapide dans la réponse mais lent à changer de stratégie.

  3. Favoriser le contact physique. Les enfants utilisent le contact physique pour se consoler. La plupart des moyens pour réconforter un enfant qui pleure, même jusqu’à l’âge préscolaire ou scolaire, mettent un accent sur la proximité et le contact physique.

  4. Savoir que parfois, un parent n’arrive pas à consoler son enfant. Si un enfant a des coliques, il peut pleurer pendant une heure ou deux et les tentatives de le consoler peuvent ne pas être efficace. Dans ces moments il faut continuer à favoriser des stratégies de contact physique, de répondre avec chaleur, même si ces moments peuvent être très difficile pour un parent. Il est aidant d’être deux pour se relayer – l’autre parent, un-e ami-e, un des grands parents, etc.

  5. Il faut aussi être alerte à la possibilité d’un problème médical. Un enfant qui pleure souvent pendant de longues heures de façon répétée peut avoir un problème qui nécessite l’attention d’un pédiatre (allergie, intolérance, etc.). Il est important de consulter dans de tels cas.

Quelques moyens pour répondre aux pleurs des bébés

  • Lui offrir une tétée, un boire

  • Câliner-le, prenez-le dans vos bras

  • Bercez-le (aime le mouvement rythmé, utiliser le porte-bébé ventral)

  • Emmaillotez-le (bien l’envelopper procure un sentiment de sécurité)

  • Caresses (frottez-le régulièrement, le contact le réconfortera)

  • Donnez-lui quelque chose à sucer (sucette, votre petit doigt propre)

  • Distrayez votre bébé (lui offrir quelque chose à regarder, images, jouets)

  • Les promenades en voiture

  • Les berceuses et la musique

  • Au besoin, vérifier la température de l’enfant afin de s’assurer qu’il n’y ait pas de fièvre.

Perdre patience…

Exemple de commentaire…

« Par contre si vous sentez que vous commencez à perdre patience face à des pleurs incessants et que ces pleurs persistent en dépit des différents moyens essayés, demandez à une personne de confiance (conjoint, parent, ami) de prendre le relais auprès de bébé le temps que vous puissiez refaire le plein d’énergie et de patience ».

Ceci est très important. C’est ici que le réseau de soutien prend sa place dans les soins aux enfants. On ne peut pas s’attendre à ce qu’une personne puisse accomplir seule tout le travail de soins auprès d’un enfant» (NB. Une des thématiques pouvant être abordées dans le premier segment, informel, touche la question du soutien social et de l’aide dont tout parent a besoin).

Les pleurs la nuit  

Suggestions de questions pour débuter la discussion :Coup d'oeil sur l'intervention et l'attachement 30.png

  • Demander à la mère comment se passent les nuits de bébé?

  • Comment gère-t-elle les pleurs de bébé la nuit?

  • Quelles sont ses croyances par rapport au sommeil d’un nouveau-né?

Faire ses nuits…

On dit qu’un bébé « fait ses nuits » lorsqu’il dort 6h ou plus consécutives entre 23h et 8h. 

Les nouveaux-nés ne font pas leurs nuits à la naissance, sauf de rares exceptions. Plusieurs bébés les font à 3 ou 4 mois, d’autres pas avant 6 mois, 10 mois ou plus. Ils n’ont pas pour autant des problèmes de sommeil.

Coup d'oeil sur l'intervention et l'attachement 39.pngSi bébé pleure la nuit, il vous communique quelque chose : un besoin, une douleur, une peur… il a besoin de vous. Il est important de répondre aux appels de bébé et de tenter de l’aider à se consoler. Tous les parents éprouvent un jour ou l’autre de la difficulté à se lever en pleine nuit – ce n’est pas facile! Entourez-vous de gens qui peuvent vous donner un coup de main et prenez une entente avec votre conjoint : on se lève à tour de rôle ! (chacun sa nuit).

Il est clair que pendant la période du nourrisson, l’enfant peut épuiser ses parents. Si l’enfant pleure trop souvent et trop régulièrement la nuit et qu’il est âgé de plus de 6 mois, qu’il n’y a pas de problèmes médicaux, il sera important pour les parents d’avoir une manière prévisible de réagir afin de consoler l’enfant, mais aussi de ne pas s’épuiser. Cette stratégie peut s’articuler avec l’aide de l’intervenante.

Un bébé de 0 à 6 mois peut avoir besoin de boire la nuit, il ne faut pas l’en priver. À partir de 6 mois, l’apport alimentaire est habituellement suffisant durant la journée pour que le bébé n’ait pas besoin de boire la nuit. Cela peut toutefois varier d’un bébé à l’autre.

D’autres trucs pour aider un bébé/enfant à mieux s’endormir la nuit :

  • Avoir une routine prévisible, impliquant des activités calmes.

  • Aider l’enfant à avoir ses propres façons de se consoler (couverture, peluche, etc.).

  • S’arranger pour que l’enfant ait un boire/une collation avant de se coucher.

 

Tâche d’interaction pour bébés (0-6 mois) : Miroir-Miroir

Ici, on demande au parent d’établir un contact visuel avec l’enfant. Le parent peut initier l’interaction au début, mais lorsque le contact visuel est établi avec l’enfant et que le parent a son attention, on demande surtout au parent d’imiter les expressions faciales et les gazouillis de l’enfant. Cette tâche peut durer 2 ou 3 minutes, peut-être plus longtemps si la dyade semble bien en profiter.

Procédure

L’intervenante demande au parent de regarder son enfant pendant quelques secondes et de gazouiller afin d’attirer son attention. L’intervenante propose au parent de prendre l’initiative, mais si le parent a l’attention de l’enfant, il peut demander au parent de regarder son enfant et d’imiter ses mimiques, ses vocalisations, ses expressions faciales, ses sons, etc.

Objectifs

  • Augmenter la connaissance et la réponse aux signaux de l’enfant.

  • Augmenter la connaissance des caractéristiques individuelles de l’enfant et la capacité de communiquer avec lui.

  • Augmenter la fréquence des moments d’interactions face-à-face entre parent et enfant.

  • Donner au parent une expérience significative de son enfant comme étant attentif envers lui.

Dans la mesure où le parent est à l’aise avec la bande vidéo, on filme la dyade pendant le jeu. S’il s’agit d’une première rétroaction pour le parent, on introduit la rétroaction vidéo en soulignant que les séquences enregistrées seront remises aux parents après quelques semaines. On insiste sur :Coup d'oeil sur l'intervention et l'attachement 41.png

                    • L’importance de pouvoir prendre du recul face à son enfant, combien ça peut être utile de voir son enfant sur bande vidéo pour apprendre comment il se développe.

                    • Le fait de pouvoir regarder l’enfant sur bande vidéo.

                    • Le fait de garder un souvenir de l’enfant à cet âge.

                    • Le fait de garder un souvenir des jeux fait ensemble pendant l’étude.


Lors de la rétroaction, il est critique de réaliser des observations structurées. L’intervenante porte son attention sur les aspects positifs, qui sont soulignés et valorisés, parfois repris sur la bande vidéo :

                    • Réciprocité, prévisibilité

                    • Chaleur (Touchés affectueux, sourires, vocalises douces)

                    • Reconnaissance de l’état émotionnel de l’enfant

                    • L’attente d’un signal de l’enfant pour émettre un comportement

                    • Ralentissement des comportements d’interaction pour ne pas surstimuler l’enfant

                    • Noter l’attention de l’enfant. Très souvent, l’enfant collabore facilement en retournant le regard vers le parent et en étant attentif envers ce dernier.

Chacun de ces éléments peut être utilisé pour souligner une caractéristique importante du développement de l’enfant et la contribution du parent à cette caractéristique. Par exemple, si l’intervenant cible un segment dans lequel il y a une séquence d’interactions synchrones, réciproque, il pourrait dire quelque chose comme ce qui suit :

« J’aimerais vous montrer une courte séquence qui montre bien comment vous et votre enfant peuvent être en harmonie l’un avec l’autre. Regarde l’attention que votre bébé vous porte et de la manière dont il est en attente d’une réponse de votre part. En attendant son signal et en répondant doucement, vous conservez cette attention. Et s’il comprend que vous attendez son signal, il apprendra à vous faire confiance car c’est un signal pour lui que vous vous préoccupez de lui. Ça ne semble pas être grand chose, mais c’est très important, de regarder, de laisser le temps à votre bébé de vous regarder et de vous signaler et de lui signaler que vous êtes auprès de lui. »

Si on note que l’enfant est très attentif envers le parent, l’intervenante pourrait signaler de la manière suivante :

« Regardez ici comment vous captez bien son attention et comment il vous suit du regard. Ça peut sembler banal, mais plus vous faites ce genre de petit jeu avec lui dans lequel vous le regardez, vous lui parlez doucement vous attendez son signal pour recommencer, plus il apprend à être attentif envers vous. Il vous montre, en vous regardant de la sorte, que vous êtes importante pour lui. Vous lui montrez qu’il est important pour vous. À cet âge, on ne peut pas expliquer aux enfants – c’est en regardant et en faisant attention qu’on communique. Et plus vous jouez à ce genre de jeu, plus vous aiguisez son intelligence et ses capacités d’attention et mieux vous le préparez pour la suite de son développement. »

L’intervenante note également les éléments négatifs de l’interaction, sans toutefois les souligner auprès du parent :

  • Intrusion et interruption de l’activité de l’enfant ou de son attention

  • Comportement non-arrimé avec celui de l’enfant

  • Impulsivité, manque de prévisibilité

  • Absence de chaleur et des comportements qui lui sont associés

  • Commentaires négatifs

  • Stimulation excessive ou non appropriée

  • Intervention physique (prendre les mains de bébé pour lui faire faire quelque chose).

Les notes de l’intervenante doivent tenir compte de l’ensemble des éléments des interactions.

Enregistrement

Il est possible que certains parents soient hésitants à se faire enregistrer sur bande vidéo. Il est important de ne pas forcer. Plusieurs options se présentent à l’intervenante, selon la situation :

  • L’intervenante peut réaliser la tâche elle-même et proposer de se faire enregistrer par la mère

  • L’intervenante peut simplement enregistrer l’enfant et revoir l’enfant avec la mère.

  • L’intervenante peut simplement discuter de la tâche avec le parent tout en proposant de réaliser la tâche lors de la prochaine rencontre.

Il est également possible que certains parents se sentent TRÈS inconfortables dans la manière dont ils établissent le contact visuel avec leur enfant. Ces difficultés peuvent être le reflet d’un simple inconfort, mais peuvent aussi identifier des difficultés plus importantes chez le parent. Il est important de noter ces difficultés et de noter de quelle manière elles peuvent affecter le déroulement de l’intervention. Il possible qu’il devienne pertinent d’aborder cette question avec le parent plus tard dans le processus et, par conséquent, de bien le noter au dossier du parent.

Mise à jour le 08 février 2015