Effets de l’abus physique et éventuels indices en présence

L’abus physique touche autant les filles que les garçons1

  • Les enfants qui ont de grands besoins, qui sont nés prématurément ou qui présentent un handicap sont plus à risque d’être victimes d’abus physique au cours de leur enfance.
  • Jusqu’à un an, un bébé est à risque élevé d’être secoué.
  • Les enfants âgés de zéro à quatre ans sont proportionnellement moins victimes d’abus physique que les enfants d’âge scolaire, mais la gravité des sévices à leur égard est plus importante.
  • Les garçons âgés de 8 à 11 ans sont généralement victimes de violence physique plus sévère que les filles de cet âge.
  • Les adolescentes (12-17 ans) sont plus souvent victimes que les garçons à cet âge

Les conséquences des abus sur l’enfant2

Absu physique.pngLes impacts de la violence physique sur l’enfant peuvent varier selon la fréquence des gestes posés, selon la durée des abus, ainsi que selon la sévérité des mauvais traitements. Les effets de l’abus dépendent également de l’âge de l’enfant. Plus il est jeune, plus l’impact risque d’être grand. Il est difficile d’isoler les impacts de la violence physique, surtout lorsqu’elle est combinée à d’autres formes de mauvais traitements. Assurément, les blessures physiques découlent directement de gestes abusifs. Les données de l’ÉCI 2008 rapportent que 26% des cas corroborés d’abus physiques (soit 4464) ont révélé des sévices physiques et 21% de ceux-ci ne nécessitaient pas de soins médicaux. Dans les cas de blessures, il s’agissait d’ecchymoses, de coupures et d’écorchures, de brûlures et d’échaudures, de fractures et de traumatismes crâniens.
 
Le bilan des connaissances sur les mauvais traitements physiques envers les jeunes enfants3 fait état des différentes conséquences de l’abus physique sur un enfant.

Au plan cognitif, l’enfant :

  • peut présenter des retards de développement, des troubles de langage et des problèmes de dextérité manuelle;
  • peut avoir un rendement scolaire insatisfaisant;
  • peut avoir des problèmes neuropsychologiques : un faible niveau d’attention, peu de persévérance et peu d’endurance.

Au plan comportemental, l’enfant :

  • peut développer des comportements de méfiance et d’insécurité;
  • peut être constamment aux aguets;
  • peut développer des stratégies pour éviter des corrections physiques ou de sévères punitions;
  • peut réagir de façon agressive à toutes sortes de situations.

Au plan émotif, l’enfant :

  • peut développer une faible estime de lui-même;
  • peut développer des problèmes émotifs;
  • peut souffrir de dépression.

Au plan relationnel, l’enfant :

  • est souvent l’objet de rejet de la part des pairs;
  • a de la difficulté à s’investir dans des liens affectifs;
  • réagit de façon conflictuelle avec d’autres personnes.
 
La punition corporelle a aussi des effets importants sur la relation que l’enfant développe avec son parent. L’enfant peut craindre son parent, peut être anxieux face à celui-ci et ressentir de la colère à son égard. L’enfant peut fuir son parent ou l’éviter plutôt que de s’en rapprocher. Dans un tel contexte, il devient très difficile pour un enfant d’avoir un lien d’attachement sécurisant et de confiance avec son parent.
 
À l’adolescence, l’enfant victime d’abus peut développer des problèmes de comportement comme l’agressivité, la délinquance ou la criminalité. Il a souvent des problèmes de consommation abusive d’alcool et de drogue et peut présenter des comportements suicidaires et d’automutilation. Une fois adultes, les personnes victimes d’abus physiques ont plus de risques de développer des troubles psychiatriques (syndrome de stress post-traumatique, troubles de comportement ou autres troubles
de la personnalité). 

Indices de la présence d'abus physiques

Les tableaux suivants visent à aider l’intervenant à identifier les signes chez l’enfant victime à partir desquels des interventions spécifiques seraient requises pour traiter les séquelles observées. Les seuls effets spécifiques et exclusifs aux abus physiques sont les séquelles physiques. Les autres effets peuvent apparaître chez des enfants victimes d’abus physique, mais également chez des enfants victimes d’un autre type de mauvais traitement ou même chez des enfants qui ne vivent aucune forme de mauvais traitement.

Indices de l’abus physique chez les nourrissons

Développement physique

​Développement cognitif / neuropsychologique

​Développement psychoaffectif

​Développement social

  • ​Dommages cérébraux graves, blessures graves, marques sur
    la peau, etc.
  • Retard de croissance staturo-pondéral non organique
  • Déficit postural (position fœtale, raideur physique, etc.)
  • ​Retard au plan du développement sensorimoteur
  • Trouble de l’alimentation (ex.: refus de s’alimenter)
  • Trouble du sommeil
  • ​Enfant qui pleure peu ou pleure
    excessivement
  • Apathie marquée
  • ​Développement de l’attachement
    compromis
  • Évitement du regard
 

 Indices de l’abus physique chez l’enfant d’âge préscolaire

Développement physique Développement cognitif / neuropsychologique Développement psychoaffectif Développement social
  • ​Retard de croissance
  • Retard au plan du développement moteur
  • Hyposensibilité ouhypersensibilité sensorielle
  • ​Retard du développement langagier, mais moins important que chez les enfants négligés
  • Déficits dans les habiletés visuospatiales et dans le fonctionnement cognitif général chez les enfants négligés et abusés physiquement
  • Faible maturité cognitive
  • Retards dans l’apprentissage
    de la propreté
  • Trouble du sommeil (cauchemars, réveils fréquents)
  • ​Problèmes internalisés (dépression, anxiété et somatisation, etc.)
  • Problèmes externalisés (colère, crises, agressivité, etc.
  • Retrait / mutisme
  • Plus grande facilité à exprimer des émotions négatives
  • Hypervigilance 
  • Dissociation (absences, déconnecté des émotions, écart entre le discours et les réactions
    observées, etc.)
  • Développement déficitaire de la
    symbolisation (capacité d’imaginer, jouer, faire semblant)
  • ​Attachement anxieux/évitant plus pour les enfants abusés que
    les enfants négligés
  • Attachement désorganisé pour les enfants abusés et négligés
  • Manque d’initiative, de curiosité, d’exploration
  • Problèmes d’obéissance
    aux adultes
  • Faible capacité de résolution de
    problèmes
  • Manque d’habiletés sociales avec les pairs (agressivité, manque d’empathie, etc.)
  • Comportements
    exagérés: soumission/
    surconformisme ou
    opposition/agression
  

Indices de l’abus physique chez l’enfant d’âge scolaire

Développement physique Développement cognitif / neuropsychologique Développement psychoaffectif Développement social
  • ​Besoins de sur-stimuler le corps
  • Blessures physiques fréquentes (induites par eux-mêmes ou par autrui)
  • ​Faible rendement académique et
    davantage de retards scolaires
  • Manque de concentration, impulsivité
  • TDAH et autres troubles neuropsychologiques
  • Difficultés mnésiques
  • Faible QI surtout au niveau verbal
  • Trouble du sommeil
  • ​Problèmes internalisés (surtout chez les filles)
  • Trouble de l’humeur (dépressive ou faussement désinvolte
  • Anxiété, peurs, phobies
  • Problèmes externalisés (surtout chez les garçons)
  • Symptômes posttraumatiques
  • Autorégulation des émotions déficitaire
  • Dissociation
  • Représentations négatives des parents
  • Représentation négative de soi (début de l’identification à l’agresseur ou à l’agressé)
  • A​agressivité orientée vers les objets et/ou les pairs
  • Faible empathie
  • Opposition et trouble du comportement
  • Comportements exagérés: soumission/ surconformisme ou
    opposition/agression
  • Compétences sociales limitées
  • Attributions hostiles concernant les comportements des pairs
  • Rejet par les pairs
  • Peu coopératifs
  • Fréquentation de jeunes à risque
  • Comportements à risque
 

 Indices de l’abus physique chez l'adolescent

Développement physique
​​Développement cognitif / neuropsychologique Développement psychoaffectif​​ Développement social
  • ​Image négative du corps
  • Blessures physiques
  • ​Échecs scolaires, absentéisme, retards académiques, décrochage
  • Manque de concentration, impulsivité
  • Erreurs de pensée en regard des effets de la violence
  • Perception négative et hostile du monde extérieur
  • ​Détresse psychologique (anxiété, dépression, dissociation, sentiment de solitude, etc.
  • Symptômes posttraumatiques
  • Idéations ou gestes suicidaires
  • Problèmes de dépendance (relationnelle, toxicomanie, etc.)
  • Trouble oppositionnel, trouble de la conduite
  • Difficulté à reconnaître et exprimer la tristesse
  • Les émotions sont surtout exprimées à travers la colère
  • Représentation négative de soi
  • Identification à l’agresseur, à l’agressé ou aux deux
  • ​Problèmes d’adaptation
  • Déficits dans les compétences sociales
  • Peu d’intimité avec les amis
  • Comportements coercitifs dans les relations intimes
  • Fréquentation de jeunes à risque, attirance pour les gangs, usage de substances illicites
  • Comportements antisociaux (chez les garçons)
  • Délinquance (chez les garçons et les filles)
  • Violence criminelle (chez les garçons)
  • Victimisation
  • Méfiance envers les adultes, refus d’autorité
  1. Centre jeunesse de Montréal – Institut universitaire, Guide de soutien à la pratique en abus physique chez les enfants âgés de 0 à 11 ans, 2010, 36 p.
  2. Bilan des DPJ-DP, 2011.
  3. Centre de liaison sur l’intervention et la prévention psychosociales (CLIPP). Les mauvais traitements physiques envers les jeunes enfants. Bilan de connaissances (2009).
  4. Extrait du Guide de soutien à la pratique : En abus physique chez les enfants de 0 à 11 ans