Parental Psychological Violence and Adolescent Behavioral Adjustment : The Role of Coping and Social Support

Gagné, M.-H., & Melançon, C. (2013). Parental Psychological Violence and Adolescent Behavioral Adjustment : The Role of Coping and Social Support. Journal of Interpersonal Violence, 28, p. 176-200.

Résumé réalisé par Émilie Charest, étudiante au baccalauréat en psychologie, Université Laval

Résumé

Chaque année, entre 10% et 86% des enfants nord-américains, en particulier les enfants d'âge scolaire et les adolescents, sont la cible de violence psychologique parentale. Les enquêtes se concentrant sur certains comportements parentaux psychologiquement agressifs, tels que crier de façon occasionnelle et/ou mineure, jurer, menacer, ou utiliser des noms à l’enfant, affichent les plus forEtude 1 Marie-Félène Gagné.pngt taux de prévalence. Des taux de prévalence plus faibles sont observés pour des comportements plus violents, tels que mépriser l’enfant de façon répétée et/ou sévère, le terroriser, l’isoler, l’exploiter ou le corrompre, et nier la réactivité émotionnelle de celui-ci, en particulier lorsque la mesure porte sur l'impact de ces comportements parentaux sur l'enfant. Dans la présente étude, l'expression « violence psychologique parentale » englobe l'ensemble de ce continuum de gravité, puisque même la violence psychologique mineure a été associée à des problèmes de développement et d'adaptation. Le fait que la violence psychologique parentale soit liée à des problèmes de comportements intériorisés et externalisés chez les jeunes est bien établi. Néanmoins, il importe d'étudier les variables qui pourraient expliquer, améliorer ou réduire ces problèmes de comportement chez les jeunes victimes. Cette étude porte sur l'état des stratégies d'adaptation et de soutien social, dans un échantillon d'adolescents de la population générale.

Stratégies d’adaptation

Les stratégies d'adaptation font référence à des activités ou des efforts visant à gérer les problèmes et les émotions et à influencer les répercussions physiques et psychologiques. Elles sont généralement qualifiées de variables médiatrices permettant d’expliquer partiellement ou complètement la relation entre le stresseur et ses répercussions. Il existe deux types de stratégies d’adaptation : l’approche (faire face au stresseur) et l’évitement (se tenir loin du stresseur). Alors que la stratégie d’évitement est associée à une mauvaise adaptation, la stratégie d’approche a été associée à des résultats positifs chez les adolescents.
 
Certaines stratégies ont été identifiées comme potentiellement efficaces pour faire face à la violence familiale. Chez les adolescents, ces stratégies incluent le fait de rester loin de l'agresseur, et de s’investir dans des relations d’amitiés. Par ailleurs, certains auteurs ont suggéré que les compétences en résolution de problèmes ainsi que la restructuration cognitive peuvent être des stratégies d'adaptation efficaces chez les adultes victimes d'abus pendant l’enfance. Malheureusement, beaucoup de ces stratégies potentiellement utiles semblent moins fréquentes chez les personnes qui ont été agressées. À l’opposé, de nombreuses stratégies d'adaptation identifiées comme potentiellement inefficaces semblent plus fréquentes chez les personnes qui ont été maltraitées dans leur enfance. Ces stratégies comprennent l'évitement (par exemple, la rêverie et le retrait social), ainsi que les stratégies centrées sur les émotions (emotion-focused strategies) ou sur soi-même (internal-focused strategies) (comme se blâmer soi-même).
 
Très peu d'études portant sur les stratégies d'adaptation spécifiques à la violence psychologique parentale ont été examinées. Néanmoins, ces rares études suggèrent que même si les jeunes aux prises avec de la violence psychologique parentale utilisent une variété de stratégies d'adaptation, ces dernières ne sont généralement pas suffisantes pour soulager le jeune et favoriser son adaptation.

Soutien social

Le modèle du tampon (stress-buffering model) proposé par Cohen et Wills (1985) affirme que le soutien social est un facteur de protection contre les difficultés de la vie. Le soutien social perçu est une « évaluation cognitive du fait d’être relié de manière fiable aux autres », qui peut être plus fortement liée à l’adaptation de l’individu que le soutien objectif lui-même. Les facteurs de protection identifiés dans les études sur la violence familiale se composent principalement des systèmes de soutien. On considère que les membres de la famille proche et élargie, ainsi que le soutien extrafamilial, favorisent la résilience Etude 2 Marie-Félène Gagné.pngchez les enfants qui vivent de la violence psychologique ou d'autres formes de mauvais traitements. Selon McGee et Wolfe (1991), le soutien social atténue les effets négatifs associés à la violence psychologique parentale, réduisant ou annulant ainsi les répercussions néfastes sur le jeune. Les gens qui apportent un soutien à l’enfant peuvent l’aider à renforcer son sentiment d'estime de soi, lui inspirer confiance, faire preuve d'empathie et fournir des encouragements. Ils peuvent également valider les sentiments du jeune, l’aider à donner du sens à ce qui s'est passé et l’aider à réaliser que d'autres jeunes vivent des situations similaires. Le stress lié aux abus peut être vécu comme moins extrême et omniprésent dans de telles conditions de soutien.

Différences reliées au sexe

Peu d’études s’intéressent aux différences reliées au sexe en ce qui a trait aux stratégies d’adaptation. Pourtant, il est bien établi que les filles rapportent plus d'efforts pour chercher de l'aide que les garçons. Néanmoins, aucun consensus clair ne se dégage des études quant à la présence de différences entre les sexes au niveau de leur utilisation de la stratégie d'évitement. En ce qui concerne l'efficacité de l'adaptation, Morimoto et Sharma (2004) ont constaté que les capacités d'adaptation en général sont négativement corrélées avec la dépression et l'agressivité chez les hommes, mais pas pour les femmes, alors que d'autres études n'ont trouvé aucun effet relié au sexe.
 
En ce qui concerne l’association entre le sexe et l'effet tampon du soutien social, quant aux répercussions de la maltraitance envers les enfants, les résultats sont contradictoires. Par rapport aux garçons, les filles ont tendance à déclarer une quantité inférieure ou égale de soutien de la part de leur famille, mais davantage de soutien de la part de leurs amis. Par ailleurs, certaines études suggèrent que les filles bénéficient de davantage de support social que les garçons, alors que d'autres rapportent des résultats opposés ou mixtes ou encore, aucune différence reliée au sexe.

Objectifs et hypothèses

La présente étude vise à examiner les stratégies d'adaptation en tant que médiateurs partiels entre la violence psychologique parentale et les problèmes de comportement internalisés et extériorisés chez les adolescents, garçons et filles séparément. On s'attend à ce que la violence parentale engendre à la fois des stratégies d’adaptation d'approche et d'évitement. Les stratégies d'approche devraient être négativement associées à des problèmes de comportement (et ainsi, jouer un rôle protecteur dans l’atténuation des effets néfastes potentiels de la violence psychologique sur l’adaptation), alors que les stratégies d'évitement devraient montrer une association positive. Aucune hypothèse particulière n'est faite concernant le sexe, étant donné les contradictions prédominantes dans la littérature.

Résultats et discussion

Tout d'abord, l’hypothèse selon laquelle la violence psychologique parentale serait positivement associée aux stratégies d’approche et d’évitement a été confirmée. Les résultats révèlent que les garçons et les filles utilisent une variété de stratégies d'adaptation pour faire face aux difficultés relationnelles avec leurs parents. Pour les deux sexes, les stratégies d'évitement sont plus fortement associées à la violence que les stratégies d'approche. Ce résultat est cohérent avec Roth et Cohen (1986) qui affirment que l'évitement pourrait être la meilleure option quand la situation est perçue comme incontrôlable. Les adolescents étant dépendants de leurs parents pour les nécessités de la vie, ils ont malheureusement peu de pouvoir sur le comportement psychologiquement violent de ces derniers. Ils peuvent ainsi préférer éviter une situation dans laquelle ils se sentent impuissants. Malgré tout, ce résultat est inquiétant, étant donné les répercussions ayant été associées de façon générale à l’utilisation des stratégies d'évitement.
 
Deuxièmement, selon les hypothèses de départ, les stratégies d’évitement devaient être associées positivement avec des problèmes de comportement, alors que les stratégies d'approche devaient être négativement associées à de tels problèmes. Ces hypothèses sont partiellement supportées par les résultats et des différences entre les sexes sont apparues. Comme prévu, les stratégies d'évitement ont été associées à une augmentation des problèmes de comportement chez les filles. Ceci s’explique du fait que l'évitement peut empêcher les filles de demander du soutien lorsqu’elles sont exposées à des comportements parentaux négatifs (ce qui peut être particulièrement dangereux pour celles-ci, compte tenu de leur tendance à s'appuyer plus souvent sur le soutien social que les garçons). Du côté des garçons, aucune relation n'a été trouvée entre les stratégies d’évitement et les problèmes de comportement. Toutefois, l’utilisation de stratégies d'approche a été associée à une augmentation des problèmes de comportement chez ces derniers. Bien que ce résultat soit inattendu, on peut penser que cela soit lié au fait que les garçons sont en général moins à l'aise que les filles en ce qui concerne la recherche de soutien social (qui est un type de stratégie d'approche). Ils pourraient donc utiliser cette stratégie de façon moins efficace, ou même contre leur volonté, ce qui pourrait expliquer l’association avec les problèmes de comportement. À l’opposé, aucune relation n'a été trouvée entre l’utilisation de stratégies d’approche et les problèmes de comportement chez les filles. Il se pourrait que les stratégies d'approche aient des effets à la fois positifs et négatifs sur les filles, annulant leur incidence sur l'adaptation comportementale. Par exemple, à travers la recherche d'aide, les filles pourraient améliorer leur estime de soi ou atténuer temporairement leur détresse liée à la violence psychologique. Bien qu’elles ne soient pas en mesure de faire cesser la violence, elles pourraient néanmoins finir par se sentir impuissantes et en colère.
 
Dans l'ensemble, les résultats suggèrent qu'aucun style d'adaptation en particulier n’améliore l'adaptation comportementale chez les Etude 3 Marie-Félène Gagné.pngadolescents aux prises avec de la violence psychologique parentale. Sous la pression générée par une relation violente avec les parents, ces jeunes peuvent éprouver de la difficulté à choisir la meilleure stratégie d'adaptation. Ils pourraient également être inflexibles dans l'application d'un certain style d'adaptation, ce qui pourrait diminuer l'efficacité de leur stratégie d’adaptation. Bien sûr, d'autres médiateurs ne figurant pas dans le modèle peuvent contribuer à l'explication du lien entre la violence psychologique des parents et des problèmes de comportement, tels que l'évaluation cognitive de la violence.
 
S’insérant dans le cadre conceptuel du modèle du tampon (stress-buffering model), la présente étude visait également à documenter l'effet modérateur du soutien social sur le lien entre la violence psychologique parentale et l'adaptation comportementale chez les adolescents. On s'attendait à ce que le soutien social joue un rôle protecteur, en absorbant l'effet néfaste de la violence psychologique. Cette hypothèse n'a pas été supportée par les résultats. Tout d'abord, la disponibilité du soutien social n'a eu aucun effet modérateur dans ce contexte. Deuxièmement, même si la satisfaction en ce qui concerne le soutien social a un effet modérateur considérable sur l’association entre la violence psychologique et les problèmes extériorisés des garçons, cet effet était l’inverse de ce qui était attendu. Une plus grande satisfaction envers le soutien social est associée à une augmentation du lien entre la violence psychologique et les problèmes extériorisés. Ce constat nous pousse à nous interroger sur la qualité du soutien social disponible pour les adolescents et surtout, pour les garçons. Le soutien apporté peut être satisfaisant pour les adolescents, mais pas assez bon pour améliorer leur adaptation comportementale, et éventuellement, il pourrait même encourager des comportements malsains ou à risque. Les jeunes victimes de violence, en particulier les garçons, ont tendance à avoir des pairs plus déviants, conduisant à une augmentation des symptômes de la dépression, de la toxicomanie, des comportements extériorisés et antisociaux.
 
En somme, le soutien social perçu n'a pas agi comme un facteur de protection pour les adolescents victimes de violence
Etude 4 Marie-Hélène Gagné.pngpsychologique parentale. Selon Gurley (1991), les personnes qui sont victimes de violence et d'abus ne sont pas susceptibles de construire, d'entretenir et de bénéficier de soutien social parce qu’elles en sont venues à croire qu’elles ne sont pas dignes de soutien et d'acceptation par les autres. Étant donné les conséquences potentielles de la violence psychologique, les adolescents peuvent éprouver des déficits dans leur capacité et/ou leur intérêt de construire des relations soutenantes, et peuvent ne pas être en mesure d'en bénéficier.

Implications pratiques de cette étude

Dans une étude qualitative portant sur des adolescents faisant état de violences psychologiques parentales à un service d’aide téléphonique (Gagné et al., 2010), les jeunes ont rapporté que certaines stratégies d'adaptation les aidaient à se sentir mieux, tel que le fait d'éviter tout contact avec l'agresseur, la divulgation de la violence (à un confident, par exemple), ainsi que la compassion, la compréhension et la validation qu'ils reçoivent de leur réseau de soutien informel (les adultes et les pairs). Cependant, les résultats de la présente étude suggèrent que le fait de se sentir mieux n’est pas équivalent à l'adaptation comportementale. Le soutien social et les stratégies d'adaptation pourraient aider à soulager la détresse psychologique dans une

certaine mesure, mais ne semblent pas suffisants pour soutenir une amélioration significative de l'adaptation comportementale chez le jeune. Cette reconnaissance souligne l'importance de la prévention de la violence psychologique parentale.
Etude 5 Marie-Hélène Gagné.pngNéanmoins, pour les jeunes qui sont la cible de cette violence, des stratégies d'intervention doivent être mises en place. Ce qui est efficace pour un adolescent face à un modèle spécifique de comportement parental psychologiquement violent peut ne pas être aussi efficace pour un autre adolescent dans un contexte différent. Évaluer pleinement la dynamique familiale et le fonctionnement des adolescents avant d'intervenir auprès des jeunes est crucial lorsqu'il s'agit de violence psychologique. Il est également important de considérer la vulnérabilité des adolescents : ils dépendent encore de leurs parents et la plupart d'entre eux ont peu de pouvoir ou de contrôle sur le comportement de ceux-ci. En outre, ils n'ont pas toujours les ressources ou la capacité d'améliorer leur relation avec leurs parents. Les interventions s’adressant aux parents, comme le fait de les aider à améliorer leurs pratiques parentales et leur sensibilité, sont essentielles. Des mesures de répit pour les adolescents pourraient également être utiles, puisque les adolescents en réclament souvent. Ce type de paramètre pourrait fournir des conseils pour aider les adolescents à atténuer certains effets négatifs de la violence psychologique, en travaillant sur la cognition, l'estime de soi et les compétences sociales, par exemple.
 
Le seul fait de recevoir du soutien social peut ne pas être utile à toutes les personnes. Les relations entre pairs chez les jeunes en difficulté doivent être étroitement surveillées par les adultes et les professionnels de l'école. Des interventions centrées sur la capacité d'un jeune de bénéficier d'un soutien social devraient également être établies. Finalement, la thérapie de groupe pourrait également se révéler utile et motivante pour les adolescents.