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La violence psychologique des adolescents envers leurs parents : élaboration d’un instrument de mesure  

Claudiane Melançon et Marie-Hélène Gagné (2012) 1

Résumé réalisé par Christine Dubé, étudiante au doctorat en psychologie, Université Laval.

Recension des écrits

L’adolescence est une période de transition importante pendant laquelle émergent plusieurs interrogations nouvelles sur soi, sur les autres et sur l’avenir. L’adolescent se forge alors une identité qui lui est propre, en plus d’élargir son univers social et d’être témoin des transformations qui s’opèrent dans ses relations familiales. C’est à ce moment que la violence psychologique entre les parents et les adolescents est susceptible d’émerger, notamment dans le cadre de relations familiales conflictuelles et dysfonctionnelles.

Pourquoi certains adolescents sont-ils violents psychologiquement envers leurs parents ?

La violence psychologique a tendance à être réciproque. Certains adolescents apprennent à utiliser la violence psychologique en observant leurs parents en faire usage, alors que d’autres peuvent utiliser cette forme de violence pour se défendre de la violence parentale subie ou encore par vengeance ou impulsivité. Cependant, ce ne sont pas tous les adolescents violents psychologiquement qui ont été victimes de cette forme de violence de la part de leurs parents. Un tempérament impulsif et un manque d’enseignement ou de contrôle de la part des parents peut également être en cause.

Comment définir la violence psychologique des adolescents envers leurs parents ?

La violence psychologique renvoie à des comportements qui portent atteinte à l’intégrité psychologique de l’autre, les droits et libertés, de même qu’aux besoins de la victime qui peuvent ne pas être respectés ou considérés. Il importe de prendre en considération l’intensité, la fréquence et la chronicité des conduites inappropriées qui sont des critères permettant de discriminer la violence psychologique.

La plupart des auteurs qui étudient spécifiquement la violence psychologique adolescente parlent d’agression ou de violence verbale. Certains auteurs ajoutent les menaces d’infliger des blessures, le fait de jurer, d’insulter ou de diminuer son parent en utilisant des termes dénigrants. Il appert donc que les manifestations de violence psychologique des adolescents incluses dans les définitions demeurent limitées. Aussi, peu d’instruments permettent de mesurer ce construit. Certains auteurs tentent de détacher leur définition du concept d’agression verbale en incluant les actes qui visent à léser physiquement, psychologiquement ou financièrement le parent, afin d’acquérir du pouvoir ou du contrôle sur celui-ci. Une distinction est également établie entre la violence psychologique/terrorisme émotionnel et la violence verbale. Aussi, la définition de la violence psychologique parentale ne peut être transposée directement à celle de la violence psychologique adolescente.

Objectifs

Cette étude a pour objectif d’élaborer un instrument de mesure de la violence psychologique commise par les adolescents âgés entre 12 et 17 ans à l’endroit de leur parent. Plus spécifiquement, elle vise à élaborer un questionnaire auto-administré et à vérifier la structure sous-jacente au construit de violence psychologique et à documenter sa cohérence interne et sa validité de construit.

Résultats et discussion

La structure factorielle de l’Inventaire des conduites adolescentes psychologiquement violentes (ICAPV) a permis de proposer trois échelles : Culpabilisation/Intimidation, Opposition/Délinquance et Manque de respect. Ces trois facteurs montrent une cohérence interne satisfaisante. Le questionnaire issu de la présente étude a l’avantage d’être assez bref (23 items) et de mesurer un vaste ensemble de comportements adolescents psychologiquement violents d’intensité variée, tout en s’adressant directement aux jeunes. Cette étude permet également d’illustrer le continuum existant entre les comportements susceptibles d’être adoptés par tout adolescent en situation de stress, de fatigue ou de colère et les conduites abusives qui suggèrent une déviance plus importante.

L’étude met également en lumière le caractère restrictif du construit d’agression verbale qui se limite au fait de crier, jurer, dénigrer ou menacer de frapper son parent et n’inclut pas les actes commis. L’ICAPV inclut le refus de l’adolescent d’entrer en relation avec son parent. En ce qui a trait à la relation existant entre la violence psychologique de l’adolescent et celle de son parent, cette relation serait modérée. La violence psychologique des adolescents semble être un facteur de risque à la violence psychologique des parents. Aussi, la violence psychologique des adolescents serait modérément associée aux problèmes de comportement extériorisés. Plus l’adolescent est violent psychologiquement, plus il adopte des comportements perturbateurs dans les différents milieux dans lesquels il évolue.

1 Melançon,C. et Gagné, M.H. (2012). La violence psychologique des adolescents envers leurs parents : Élaboration d’un   instrument de mesure. Revue Canadienne de santé mentale communautaire, 31(2), 51-66.